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ALPHA BLONDY : "Ce nouvel album est une mosaïque de sons"

lundi 12 novembre 2007

A quelques semaines de la sortie de son album, Alpha Blondy s’est confié au magazine Top Visages. Jagger parle, ici, de la réalisation de ce nouveau disque qui s’annonce tonitruant, ainsi que de la fin de la guerre et de son expérience américaine. Un document à lire et à conserver.

Avez-vous déjà décidé d’une date pour la sortie de votre album ?

- Non, pour le moment, nous avons juste décidé de la période : le mois de Juin, et on ne peut rien dire avec certitude parce qu’il faut préparer tout le marketing, savoir si on fera une sortie mondiale simultanée ou alors si on la fera d’abord à Paris et puis ensuite à Abidjan, en Afrique, je veux dire.

Vous aviez dit que vous ne sortirez pas d’album avant la fin de la guerre en Côte d’Ivoire, pourtant, il se trouve que vous étiez déjà en studio avant même qu’il ne soit question d’un dialogue direct qui aboutira à la signature de l’accord du 4 mars, était-ce une intuition ou alors aviez-vous déjà eu des échos de ce qui se tramait ?

- Non, nous, on a continué à travailler durant ses cinq années de guerre, et comme je suis en plus Messager de la paix des Nations Unies, je savais qu’on allait vers un aboutissement heureux. En plus, mon frère Tyrone Downie, le réalisateur de cet album, était déjà en Jamaïque avec les disques durs pour travailler avec toute l’équipe jamaïcaine, des dinosaures du reggae, lui-même en faisait partie. En toute chose, ne soyons pas vaniteux, ni prétentieux, je pense que le temps de Dieu, est celui qu’Il a décidé, ce n’est pas moi. Je n’étais pas un devin pour savoir qu’après les accords de Ouaga, ce serait la fin de la guerre, étant donné les précédents. Mais j’étais à Abidjan quand ça s’est déroulé, j’étais au courant car le président était vraiment décidé à aller à la paix, les Forces nouvelles aussi. Il n’y avait donc pas de raison de douter de leur bonne foi parce que je crois qu’ils ont été attentifs à la douleur du peuple ivoirien.

Votre nouvel album est très attendu, pourriez-vous nous donner des détails sur sa conception ?

- Il s’appelle “Victory” et comporte dix-huit titres. Ce n’est pas la victoire d’Alpha Blondy, mais celle de Dieu, de la lumière sur les ténèbres, du bien sur le mal, de l’amour des Ivoiriens sur la guerre, voilà pourquoi je l’ai appelé ainsi. Les termes que j’y aborde sont l’amour, l’humour, la paix et les mises en garde. Ce sont des chansons très ensoleillées, très dansantes.

• Quelle a été votre source d’inspiration ?

- Moi, je crois fermement que chacun de nous a une mission sur terre, tout le monde a une mission vitale. La mienne consiste à donner du bonheur, je suis un tisserand de rêve, et j’essaie de mériter l’amour que mon public m’a donné et me donne tous les jours. L’inspiration est la propriété de Dieu. Mes aspirations sont de toucher le cœur de mon public, de toucher celui de mes frères qu’ils soient européens, africains, américains ou asiatiques, c’est ça mon but, donner de l’amour et de l’espoir autour de moi jusqu’à la fin des temps.

• Restez-vous fidèle au reggae ou, comme c’est la tendance en ce moment, vous opérez un mélange de genres ?

- Je te promets, ce disque est une mosaïque de sons, une mosaïque culturelle et je peux dire qu’ils ne seront pas déçus, parole d’ Alpha, parole du vieux père Jagger. J’ai fait appel à divers autres artistes, d’horizons et de style différents, comme Julien Goualo, pour qu’ils posent leurs touches sur certains titres. Depuis Abidjan, je lui avais déjà dit que j’aimais sa façon de jouer la percussion et il a déchiré grave. J’ai fait aussi travailler des frères marocains, algériens, zaïrois du Congo démocratique, et ça gifle !

Etait-ce par besoin de renouveler de ton répertoire, que c’est si mosaïque comme tu dis ?

- J’aime innover, je n’aime pas la monotonie, tu vois. Je suis le premier à écouter Alpha Blondy. Déjà, quand je travaille et en plus comme je suis un malade de perfection, quand ça m’ennuie, c’est que c’est pas bon. Donc, je suis obligé, d’innover, d’apporter quelque chose qui va toujours de l’avant. Je veux qu’en écoutant cet album, mes fans se demandent si c’est bien moi. Etant le père fondateur du reggae africain il faut que j’innove, pour que d’autres générations puissent s’en inspirer plus tard et l’améliorer.

Vous avez une grande histoire d’amour avec le reggae. Vous avez été l’un des premiers à récupérer les Wailers, le groupe de Bob Marley à la mort de ce dernier, et pour cet album de la réconciliation, vous faites appel à Tyrone Downie, un des proches de Marley (son ancien clavier)…

- Tyrone était très proche de Bob, c’était un des musiciens sur lequel il s’appuyait énormément et il est plein de talent. Ce monsieur est un génie infatigable. Il a, je crois, le même défaut que moi, c’est-à-dire que tant que c’est pas fini, c’est pas terminé. Quand quelque chose ne va pas, on ne quitte pas le studio. Des fois, on rentre en studio à 10 heures du matin pour en ressortir le lendemain à 9 heures, parce qu’il pense qu’il y a un truc qui le gêne, et moi, j’aime ça. C’est un “workalcolique” comme on dit en anglais. C’est-à-dire un ivrogne du travail, un alcoolique du travail et le public va découvrir tout son talent en tant que réalisateur. Ils se sont vraiment investis, ils y ont mis beaucoup d’énergie, donné le meilleur d’eux, voilà pourquoi je suis confiant et serein.

Comment se sont faites vos re- trouvailles après l’épisode Wailers ?

- C’est la première fois qu’on travaille ensemble, avec lui comme réalisateur. Ça fait très longtemps qu’on veut faire ça, mais on n’en a pas eu la chance. Depuis 96, on en parle, mais Dieu a voulu que ce soit maintenant qu’on le fasse et je ne suis pas déçu, bien au contraire. Je peux te le dire à toi et en toute sincérité que depuis que je fais de la musique je n’ai pas encore fait de disque qui soit aussi complet que celui-là, musicalement et par la diversité des chansons et le côté reggae roots. Je pense que cet album est la vraie naissance du reggae africain international.

Sur tous vos albums, vous abordez des sujets aussi bien à polémiques que personnels, cela n’a jamais d’incidence sur votre carrière ou la signature de vos contrats ?

- Tu sais, je ne peux chanter que ce que mes yeux voient et ce que mes oreilles entendent. Je n’ai pas la vérité absolue, ni la science infuse. Si je critique les autres, c’est tout à fait normal que les autres me critiquent, et puis on dit qu’il faut s’inquiéter le jour où on fait l’unanimité. Tant que les gens te critiquent, ça t’enseigne, te forme et te permet de te corriger et seul Dieu est parfait, pas moi. Je chante donc mon expérience pour la faire partager. Tu sais, on dit que le danger, ce n’est pas le prophète mais les disciples. Je ne suis pas ministrable, je ne suis pas présidentiable, je ne suis pas mairiable, ni députable, c’est la main de Dieu qui m’aide.

Vous êtes très engagé socialement, qu’est-ce que ça vous a fait quand une Européenne, la mère du petit Mathéo, atteint d’une maladie génétique, fit appel à vous pour voir son enfant en sachant que vous ne pouviez absolument rien faire ?

- C’est une maladie orpheline, il n’y a pas de médicament, la science est impuissante devant cette maladie. J’avoue que quand j’ai tenu Mathéo dans mes bras, ça m’a fait mal au cœur, en tant que père de famille, de voir que je ne peux rien faire pour ce bout de chou, cet ange que j’avais dans les bras. Tu te dis : “il faut rendre à Dieu ce qui est à Dieu”. Et puis ma foi en Dieu m’interdit de croire en la mort. Derrière ce rideau qu’on appelle la mort, je suis sûr et certain que l’Eternel a gardé ce côté-là pour lui, si je pouvais, je lui dirais merci. Moi, ça me console de savoir que l’Eternel ne laissera jamais mourir une image à lui, une image de lui puisqu’Il nous a faits à son image et qu’Il est éternel. Les voies du Seigneur sont impénétrables et pour moi, c’était une application des voies impénétrables du Seigneur. Tout ce que Dieu fait est bon, mais même en sachant cela ça ne peut pas nous empêcher de pleurer dans une telle situation parce qu’on ne sait pas comment réagir, on revient à notre dimension d’impuissance, car la puissance véritable appartient à Dieu.

C’est tellement touchant, qu’on se demande comment est-ce que vous avez pu les priver de votre voix en attendant la fin de la guerre en Côte d’Ivoire ?

- Mes fans m’ont donné leur amour, par respect, je ne suis pas le plus beau, je n’ai pas la plus belle voix et l’amour qu’ils m’ont donné n’a pas de prix. J’aime dire souvent aux gens que je suis un hyper multimilliardaire, mais ce n’est pas en billets de banque. C’est plus que ça, ça n’a pas de prix. Quand ceux qui ont fabriqué Alpha Blondy que je suis ont mal, j’ai très mal, alors j’ai décidé que je ne ferai pas de disque, ou d’album tant que cette putain de guerre ne sera pas terminée. Ce sont mes enfants, mes frères, mes bramogo, mon public, mes fans qui sont en train de se battre. Comment voulez- vous que moi je puisse être insensible à leurs douleurs ? Chaque fan qui tombe, je meurs avec lui, que ce soit du côté des fanci ou des Forces nouvelles, c’est moi qui tombe, c’est une partie de moi qui meure. C’est un moi qui meure parce qu’il faut qu’on ait eu les mêmes feeling, les mêmes vibrations pour qu’ils ressentent mon feeling dans mes chansons.


- Je vais vous dire un truc : j’ai toute l’éternité pour me reposer. Pendant mes enregistrements, il y a beaucoup de gens qui viennent en studio sans prévenir et tout le monde est accueilli pareillement, sans distinction. On gère ces moments de grand passage et les moments de travail. Mes fans sont ma richesse. Vous savez, je suis un gros timide et un gros solitaire, mais avec eux, j’apprends toujours et ils supportent mes caprices et mes crises, cela veut dire qu’ils me comprennent. Ils m’aident à essuyer mes larmes, quand je suis blessé, ils le savent. Ils sont toujours là, ce sont mes béquilles pour me porter à travers les épreuves de cette vie, à travers les moments de joie, de tristesse, donc leur présence ne peut que me renforcer. Mes fans, c’est Dieu. Je n’arrive pas à les discerner.

On sait tout de vous, mais ce qui reste flou, c’est votre propre famille, celle que vous avez construite. On ne sait pas exactement le nombre d’enfants que vous avez, votre femme, on sait qu’elle est coréenne, mais personne ne l’a jamais vue dans aucune presse. Est-ce un choix ?

- Oui, c’est un choix. Je protége ma famille parce que les medias sont dangereux, et je n’ai pas envie que ma carrière éclabousse ma famille, parce que c’est mon parachute, c’est lui mon petit carré que je protége. Je protége mes enfants et ma femme de tout ça, car la presse, c’est une machette à double tranchant. Et puis, quand je suis à la maison, je ne suis plus Alpha Blondy, mais papa.

Juste pour lever un coin de voile. Pouvez-vous me dire combien d’enfants vous avez, parce que tout le monde est bloqué sur Ismaël, mais vous n’avez pas que lui ?

- Ça, je n’en parle plus, d’ailleurs, je vais continuer à vous faire tourner la tête. j’ai autant d’enfants que d’étoiles dans le ciel : il y a mes enfants biologiques et ceux que Dieu m’a donnés, c’est tout. Mais je suis aussi le papa de tous les petits enfants de Côte d’Ivoire et d’Afrique et de France et de Navarre, et de l’Amérique, et du Brésil… à cause de l’amour que leurs parents m’ont donné. Et mes enfants sont vos enfants aussi, vos futurs maris aussi. C’est la famille depuis le jardin d’Eden, on dit que la planète est un village dont l’univers est un point.

On vous sait une passion pour les femmes. Avez-vous des maîtresses ?

- Oui, j’ai des maîtresses d’école car je continue à prendre des cours d’adulte, mais je n’en dirai pas plus.

On n’en parle pas souvent, mais vous êtes diplômé en langue d’une université américaine, pourtant on a tous l’impresion que vous avez commencé sur le tas, dans la rue, comme tous les reggaemen d’Afrique.

- Mon père était dans l’Administration et c’était un vrai dictateur de l’école, il a semé le virus de la lecture et des études à tous ses enfants. Il fallait étudier. On devait devenir ce que lui n’a pas pu être. Je voulais faire de la musique, mais pas de musique analphabète. Beaucoup de mes chansons font partie d’un livre que je voulais écrire, parce que j’ai beaucoup lu. Comme je n’étais pas très sortable, j’étais un solitaire. Et puis, je me suis surpris à chanter mes textes. Quand je suis arrivé aux Etats- Unis, puisque je n’étais pas boursier d’Etat, il fallait faire un choix et je vous assure que ça a été difficile. J’avais l’impression de trahir et mon père, et ma mère, et l’espoir de mes petits frères et sœurs. J’étais allé aux Etat-unis pour aider ma famille et voilà ce que je décidais de faire.

La chute à été dure au début, parce qu’il a fallu que je revienne à Abidjan et ce fut la galère. Pour moi, l’Amérique, ça a été New York, c’était l’université de la vie. Là-bas, c’est ou tu connais ou tu ne connais pas. A Abidjan, je n’avais jamais travaillé.

En vacances, il fallait danser quand même, aller au Tropicana où à l’Ivoire, il y a toujours un tonton qui était prêt à donner quelques billets ou ma mère qui était ma complice principale. J’étais très sollicité par mes amies qui étaient commerçantes ou couturières, qui me donnaient des petits sous, ce qui était énorme pour moi. Les études aux Etats-Unis, pour une année, c’était six millions et le vieux, même s’il le voulait, il ne pouvait pas m’envoyer cette somme, alors il fallait choisir, et ce fut le saut en parachute. J’aurais pu, avec mon diplôme de langue devenir professeur de langue dans un collège ou un lycée, mais ce n’est pas ce que j’avais envie de faire. Je suis timide, je suis bègue et ça apparaît quand je suis fatigué ou en colère et puis, à l’époque, je n’étais pas un modèle d’éducation pour les enfants. Il fallait que je sois franc avec moi-même. Comment être un éducateur quand on est un anti-éducation ? Je fais des locks, qu’est-ce que je vais montrer aux enfants ? Voilà pourquoi, Dieu m’a guidé vers ce que je sais faire le mieux : écrire des chansons et les chanter.

Les Etat-Unis, c’était aussi votre rencontre avec Clive Hunt, l’avez-vous retrouvé ? Parlez-nous du premier album que vous avez fait ensemble et qui n’est jamais sorti ?

- Si ! Je l’ai retrouvé, on a travaillé ensemble sur Isaac Rabbin et l’album Elohim, après vingt ans. Le studio dans lequel on avait travaillé n’a pas été payé donc le mec a tout bloqué. Clive n’avait pas d’argent et moi non plus, le monsieur est toujours vivant, mais il ne sait pas que c’est moi Alpha Blondy. Clive essaie de les récupérer mais sans révéler le pot au rose, sinon les prix vont flamber. Mais il y a des chansons sur ces bandes que j’ai reprises parce que c’est moi qui les avaient écrites, je les ressors tout doucement pour les retravailler et les réactualiser. Je n’aime pas mettre mes chansons sur papier, parce que je les perds toujours et puis quelqu’un peut se les approprier plus facilement comme ça. Je suis très désordonné alors, j’essaie de les mémoriser.

Quelle sera votre première action de fin de guerre ?

- Je vais inviter mes petits frères KKB, Yayoro et Blé Goudé à une bonne bouffe à Grand-Bassam, sur la plage qu’on va partager avec nos petites sœurs et l’air marin.

Maintenant que les choses rentrent dans l’ordre, vous restez dans votre rôle de médiateur ou c’est fini ?

- Non, je continue mon rôle. La guerre est terminée, maintenant, il va falloir mériter la paix, et ça, c’est pas évident, et donc il faut nourrir la paix, protéger la paix. Il faut continuer à nettoyer la route de la paix pour que plus jamais des embûches ou des peaux de banane ne nous fassent déraper.

Top Visages



Réactions à cet article

2010-08-08 19:35:04
Postée par konate siriki

hi my name konate siriki i’m from ivory coast iwant my friend alpha blondy thank you ilike you bye usa

2009-04-23 08:25:44
Postée par camara hamidou

bjour tou ls fan,l afrique n est pa reconnaissan pour tous kil fai pour l afrique et le monde entier,comme il dit chz un vieux assis voi plus loin que un jeune debout,mai c etai le contraire pour alpha ,depui tou jeune il voi tro loin jusqua aujourdhui 57ans,tous q’il di MGG aujourdhui alpha avait dit ya 100 ans,jah victory les parole désire le mélodi tué merci infinimen j taime eternelmen

2009-02-13 11:28:31
Postée par Sow

Un des rares sages qui est tjrs vivant en Afrique,à l’image de nelson Mandéla,Alpha continuera tjrs a nous donné des vibrations positives.On dit souvent que la"vérité sort de la bouche des enfants"mais on peut autant dire avec Alpha car il est la bouche de ceux qui n’ont point de bouche à cause d’un systéme opprésseur.Afrique reveille toi disait Bob Marley.

2007-12-27 10:33:54
Postée par bea serge

je suis un veritable fan de alpha .au debut je n’aimais pas le reggea mais a force d’écouté son dernier album il est devenu mon idole.basta pour tiken jah.

2007-12-14 07:06:03
Postée par niane moustapha

Que dieu benisse alpha blondy et qu’il l’inspire encore tres longtemps,tout ce que JAGGER fait est bon.

 

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